WatchGuard a présenté lors de sa conférence IMPACT, réunie le 5 octobre à Nashville, une série d'extensions pour Rai, son agent d'intelligence artificielle dédié aux prestataires de services gérés. L'objectif affiché est clair : permettre aux MSP de prendre en charge un volume plus important de clients et d'environnements sans augmenter leurs effectifs. Pour un revendeur ou un intégrateur qui opère des services managés, cette annonce mérite une lecture attentive, car elle touche à la fois à votre modèle commercial, à vos obligations contractuelles et à la question de la responsabilité vis-à-vis de vos clients finaux.
L'éditeur, qui revendique plus de 25 000 MSP partenaires et environ 1,5 million de clients finaux selon IT Social, positionne Rai comme un argument de différenciation face à la concurrence. Mais derrière la promesse d'automatisation se cachent des choix techniques et contractuels que vous devez anticiper dès aujourd'hui.
En résumé
- WatchGuard étend Rai, son agent d'IA, avec de nouvelles fonctions : interface en langage naturel, analyse des incidents, audit de conformité et suivi du succès client.
- L'agent peut agir seul dans le système d'information du client final, selon des politiques d'automatisation que le MSP configure, avec un journal d'actions limité à vingt-quatre heures.
- Selon une étude publiée par WatchGuard en juillet 2026 auprès de 684 salariés de huit pays dont la France, 64 % des salariés interrogés en avril 2026 utilisent des outils d'IA non autorisés, ce qui justifie le nouveau tableau de bord Shadow AI inclus dans la Prime Security Suite.
- Trois questions restent sans réponse officielle : le modèle d'IA utilisé par Rai, les droits accordés aux plateformes tierces via l'intégration MCP, et la date de disponibilité effective en Europe.
- Le client final doit impérativement fixer dans son contrat de services la liste des actions que l'agent peut mener de façon autonome, sous peine d'engager la responsabilité du MSP.
Fonctions de Rai : ce que l'agent peut faire concrètement
Rai avait été lancé en mai lors de la conférence européenne de Dubrovnik avec trois rôles annoncés : analyste, auditeur et administrateur. Les annonces d'octobre enrichissent ce périmètre de façon significative. Hey Rai introduit une interface en langage naturel qui permet aux techniciens d'interroger la plateforme sans passer par des menus complexes. Rai Analyst prend en charge l'investigation des incidents et leur classement par ordre de priorité. Rai Auditor évalue en continu la posture de sécurité et la conformité réglementaire des environnements clients. Enfin, Rai Customer Success aide le prestataire à identifier les risques propres à chaque client et à démontrer la valeur de ses services.
À cela s'ajoute une intégration MCP, le protocole ouvert qui permet aux agents de communiquer avec des outils tiers, destinée à exposer les capacités de WatchGuard aux grandes plateformes d'IA du marché. L'éditeur ne précise pas lesquelles. Il faut noter que le rôle d'administrateur, qui devait initialement planifier les correctifs et renouveler les certificats, ne figure plus dans les annonces d'octobre, sans explication fournie.
Autonomie de l'agent et responsabilité du MSP
Le point le plus sensible pour un prestataire de services gérés concerne le niveau d'autonomie accordé à Rai. L'agent n'agit pas en simple assistant : il exécute des actions réelles dans l'environnement du client, selon des politiques d'automatisation que le MSP configure en amont. Un exemple concret illustre l'enjeu : en cas d'incident de gravité maximale, l'agent peut procéder à l'effacement automatique de fichiers sans validation humaine préalable.
WatchGuard précise que le partenaire choisit les modes de contrôle appliqués à l'agent et que le journal des actions couvre vingt-quatre heures. Cette durée de conservation limitée soulève une question pratique immédiate : en cas de litige avec un client final, votre capacité à prouver ce que l'agent a fait, et quand, dépend entièrement de ce journal. Vingt-quatre heures peuvent s'avérer insuffisantes selon la nature de l'incident.
La comparaison avec les approches concurrentes est instructive. Kaseya affiche une exécution soumise à l'approbation du technicien. Arctic Wolf annonce que son centre opérationnel agentique clôt seul plus de 60 % des dossiers, mais sous la supervision d'un module de confiance dédié. WatchGuard laisse davantage de latitude au MSP pour calibrer ce curseur, ce qui est à la fois un avantage commercial et une responsabilité supplémentaire.
Tableau comparatif des approches agentiques des éditeurs MSP
| Éditeur | Nom de l'agent ou de la fonction | Mode de validation | Point de vigilance pour le MSP |
|---|---|---|---|
| WatchGuard | Rai (Analyst, Auditor, Customer Success) | Politiques configurées par le MSP, exécution sans validation selon le mode choisi | Journal limité à 24 heures, rôle administrateur retiré des annonces |
| Kaseya | Spécialistes numériques (annoncés en juin) | Approbation du technicien requise | Dépendance à la disponibilité du technicien pour les actions critiques |
| Arctic Wolf | Centre opérationnel agentique | Module de confiance supervisant l'agent | Plus de 60 % des dossiers clos sans intervention humaine (source : IT Social) |
| N-able | Serveur MCP (ouvert en avril) | Non précisé publiquement | Interopérabilité avec les plateformes d'IA tierces à évaluer |
| ConnectWise | Agents (lancés en juillet) | Non précisé publiquement | Positionnement et périmètre d'action à clarifier avec l'éditeur |
Prime Security Suite et Shadow AI : une nouvelle offre à valoriser
WatchGuard introduit également une suite intermédiaire baptisée Prime Security Suite, qui intègre sans licence supplémentaire un tableau de bord de détection des usages non autorisés de l'IA, souvent désignés sous le terme Shadow AI. Cet inventaire croise les autorisations OAuth, les métadonnées des courriels, ainsi que les données issues des postes de travail et des pare-feu. Le service CloudDR, issu du rachat de Perimeters.io, complète ce dispositif en détectant les mauvaises configurations et les connexions suspectes sur plus de quarante applications en nuage, dont Microsoft 365, Salesforce, Google Workspace et OpenAI.
Le contexte justifie cette offre : selon une étude publiée par WatchGuard en juillet 2026 auprès de 684 salariés de huit pays dont la France, 64 % des salariés interrogés en avril 2026 déclarent utiliser des outils d'IA non autorisés. Pour un MSP, ce tableau de bord représente une opportunité commerciale concrète : il permet de montrer à un client ce qu'il ne voit pas dans son propre système d'information, et de justifier une prestation de gouvernance des usages IA. Sur ce sujet, les recommandations de l'autorité nationale de protection des données personnelles constituent une référence utile pour cadrer votre discours auprès des clients soumis au RGPD.
Le pare-feu reste par ailleurs au cœur de l'offre matérielle de WatchGuard, avec l'ajout d'un boîtier Firebox T175 équipé de ports à 10 Gbit/s. Pour les revendeurs qui s'approvisionnent en équipements réseau, les grossistes spécialisés en matériel réseau référencés sur notre comparatif peuvent vous aider à positionner ces équipements dans vos offres.
Ce que ça change pour vous
- Révisez vos contrats de services managés. Si vous déployez Rai chez vos clients, chaque contrat doit lister explicitement les actions que l'agent peut mener de façon autonome et celles qui nécessitent une validation humaine. Cette liste engage votre responsabilité en cas d'incident.
- Négociez la durée de conservation du journal. Le journal d'actions de Rai est limité à vingt-quatre heures selon WatchGuard. Vérifiez si cette durée est compatible avec vos obligations légales et contractuelles, et demandez à l'éditeur si une extension est possible.
- Posez les trois questions ouvertes à votre interlocuteur WatchGuard. Le modèle d'IA utilisé par Rai, le lieu de transit des données clients, les droits accordés aux plateformes tierces via MCP, et la date de disponibilité effective en Europe sont des points non résolus. Obtenez des réponses écrites avant tout déploiement.
- Valorisez le tableau de bord Shadow AI comme une offre à part entière. La Prime Security Suite vous donne un argument commercial concret face aux clients qui ignorent l'étendue des usages IA non autorisés dans leurs équipes. C'est une porte d'entrée vers une prestation de gouvernance récurrente.
- Comparez les approches concurrentes avant de vous engager. Kaseya, N-able et ConnectWise avancent sur le même terrain. Votre choix de plateforme agentique conditionne votre positionnement commercial pour plusieurs années.
À surveiller
Trois points méritent un suivi régulier dans les semaines à venir. En premier lieu, la disponibilité effective des fonctions en Europe : WatchGuard annonce une disponibilité à partir d'octobre sans date précise par produit, et l'historique de Rai Analyst, annoncé en mai puis daté du 25 juin sur le blog de l'éditeur, invite à la prudence. En second lieu, la clarification du modèle d'IA sous-jacent et du lieu de traitement des données : pour vos clients soumis au RGPD ou à des exigences sectorielles, cette information est indispensable avant tout déploiement. Enfin, l'évolution du rôle administrateur, retiré des annonces sans explication, mérite d'être suivie : sa réintégration ou son abandon définitif changera le périmètre réel de ce que Rai peut automatiser dans la gestion des correctifs et des certificats.
Questions fréquentes
Un client peut-il exiger de connaître les actions menées par Rai dans son système d'information ?
Oui, et il est dans votre intérêt de le prévoir contractuellement avant qu'il ne le demande. Le journal d'actions de Rai couvre vingt-quatre heures selon WatchGuard. Si votre client souhaite une traçabilité plus longue, vous devez négocier cette capacité avec l'éditeur ou mettre en place un mécanisme d'archivage complémentaire. En tant que MSP, vous répondez des réglages que vous appliquez à l'agent, de la même façon que vous répondez de vos propres interventions techniques. Intégrer une clause d'accès au journal et une durée de conservation dans chaque contrat de services managés est une précaution minimale.
La Prime Security Suite remplace-t-elle les licences existantes ou s'y ajoute-t-elle ?
WatchGuard présente la Prime Security Suite comme une suite intermédiaire qui inclut le tableau de bord Shadow AI sans licence supplémentaire. Cela suggère qu'elle s'insère entre les offres existantes sans les remplacer, mais les conditions tarifaires précises et le périmètre exact par rapport aux suites actuelles n'ont pas été publiés. Avant de repositionner vos offres autour de cette suite, demandez à votre distributeur ou directement à WatchGuard une grille tarifaire écrite et une comparaison fonctionnelle avec les licences que vos clients détiennent déjà. Pour identifier les distributeurs qui référencent WatchGuard dans leur catalogue, le comparatif des grossistes informatiques disponible sur notre site peut vous servir de point de départ.
Si vous souhaitez comparer les conditions proposées par plusieurs distributeurs sur les solutions de sécurité managée ou les équipements réseau associés, le formulaire de mise en relation avec les grossistes informatiques vous permet d'obtenir des réponses ciblées sans démarche commerciale préalable.